A 67 ans, Anne-Marie Nzié, la Voix d'Or, la Reine Mère du Bikutsi, la chanteuse fétiche de plusieurs générations de Camerounais, est au sommet de son art. Avec la complicité des meilleurs musiciens de Yaoundé et quelques invités (Brice Wassy - producteur artistique - Guy Nsangué, Noël Ekwabi, Manu Dibango, Mario Canonge, J.P. Rykiel, Douglas Mbida...), cette indomptable légende des musiques africaines urbaines démontre, sur son premier disque enregistré en 40 ans de carrière, qu'elle n'a rien perdu de sa fougue, de son énergie, de son feeling, et de son incroyable et superbe grain de voix.
A bientôt 70 ans, Antoine Moundanda est I'une des figures marquantes de la musique africaine et plus particulièrement de la scène congolaise... Chanteur, compositeur, il joue du Kisansi, plus connu sous le nom de Sanza (instrument traditionnel composé de lames de fer fixées sur une caisse de bois creux). Dès 1955, une carrière internationale s'ouvre à Antoine Moundanda. Sanza en main, il sillonne les quatre coins de la planète, tantôt en solo, tantôt accompagné par d'autres artistes. Perfectionniste, résolument moderne, il a donné une autre dimension à cet instrument traditionnel, en le portant de 9 à 22 lames. Chanteur d'exception, compositeur inspiré, Antoine Moundanda est un des créateurs de la rumba, I'un des pères fondateurs de toute la musique moderne zaïro-congolaise.
Cador absolu du violon tango, Antonio Agri a écrit avec son compère et fils spirituel, Juan José Mosalini les plus belles pages du tango post-piazzolien. Leur talent et leur générosité honorent leur grand Maître du seul hommage qui soit authentique : celui qui consiste à s’inspirer de lui pour créer un style musical neuf et profond qui puise aux racines de l’âme argentine. Voir aussi : Gomina Trio.
Ils sont sept, ont à peine 30 ans et déjà les dents longues. Avec un look de banlieusards havanais (survêtements, tresses rastas et casquettes à l’envers), les comparses du groupe Asere (prononcez «acéré», «mon pote» en argot local) prennent un malin plaisir à bousculer la musique des papys cubains pour lui redonner une nouvelle jeunesse. Mais attention : nul iconoclasme derrière cette attitude : plutôt un sain respect de la tradition qui permet de s’appuyer sur le passé pour créer du nouveau. Tout en reprenant les tonalités du «Son» fixée dans les années 30, avec guitare, tres (petite guitare à trois cordes doubles), contrebasse, cuivres et percussions, leurs compositions ainsi que leurs reprises de morceaux méconnus, révèlent une grande originalité, faite d’exubérance et de modernité. Manifestement, les jeunes loups ne jouent pas pour les touristes. N.T
Dix doigts pour vingt et une cordes, et la magie opère, sûrement, posément. Ballaké Sissoko nous enlace de sa sonorité suave et cristalline à la fois, sa kora magnifiée par ses talents de mélodiste et d’improvisateur. Porteur de traditions ancestrales, issues des grands maîtres mandingues, Ballaké s’impose comme un des meilleurs joueurs de la nouvelle génération, en développant un style très personnel. Deli nous procure également la joie d’entendre de subtils accompagnateurs, qui s’avèrent être des solistes accomplis, à l’image des envolées du balafon de Fassery Diabaté et du chant de Mama Draba. PO.T.
Kar Kar est de loin le plus culte des guitaristes maliens. Son Mali Twist a accompagné les années folles post-indépendance, avant qu’il ne s’éclipse vingt ans durant. Il était le Chuck Berry, l’Elvis Presley malien, mais, sa musique étant diffusée uniquement à la radio, il n’avait pas l’argent d’un paquet de cigarettes en poche. Boubacar Traoré est un de ces hommes solides qui reflètent l’histoire d’un pays, les espoirs et les désespoirs d’un peuple. Il en tire la matière d’un blues saisissant de tristesse apaisée, révélant une voix puissante et un jeu de guitare suave. Comme si Kayes et Bamako se trouvaient toutes deux sur les berges détrempées du Mississippi… PO.T.
Trublion chilien installé à Cuba, Carlos Maza a passé les dix dernières années à dynamiter tout ce que l’on pensait savoir sur les mélanges du jazz et de la musique latine, marchant fièrement sur les traces d’Egberto Gismonti et Hermeto Pascoal.
“Salvedad” est l’album inattendu d’un virtuose qui aime aussi chanter pour ses amis. La surprise est de taille : 12 chansons magnifiques, tour à tour surréalistes, euphorisantes ou poignantes. La découverte d’un auteur-compositeur-interprète dont l’univers traduit à la perfection la folie latino-américaine.
Né à Tananarive en 1961, D’Gary est le fils d’un gendarme Bara, cette ethnie qui élève les zébus sur les hauts-plateaux semi-désertiques du sud de Madagascar. En 69, il suit son père muté à Tuléar, puis à Betroka, chef-lieu de la région Bara, où celui-ci prend sa retraite en 78. D’Gary a dix-sept ans. Sa rencontre avec les cultures du sud, dont il est issu, est un choc. Il découvre les souffrances de son peuple : les terres se dégradent ; le vol de zébus, sport traditionnel de la région, est maintenant orchestré à grande échelle par des hommes d’affaires qui organisent les voleurs en bandes armées et corrompent la justice pour protéger un juteux trafic de bêtes et de viande. Gary prend fait et cause pour son peuple et met ses souffrances en musique. A Tuléar, il avait appris à jouer de la guitare sur un instrument artisanal, et fondé un petit groupe. A Betroka il cherche à adapter son jeu aux styles traditionnels des ethnies du sud, qu’elles soient Bara, Antandroy, Vezo ou Masikoro. Cette recherche va faire de lui l’un des guitaristes internationaux les plus étonnants, un musicien recherché par les fous de guitare du monde entier pour son jeu inédit, ses “open tuning” (accords libres) insensés.
Pour son premier disque sous son nom, le leader du Super Rail Band de Bamako a souhaité présenter un concept acoustique, avec des complices anciens, mais aussi de jeunes musiciens avec lesquels il a tissé des liens particuliers et trouvé des affinités. Djelimady Tounkara a ainsi monté un orchestre original, qui privilégie les cordes et les voix avec un accompagnement très léger de percussions. Ses compositions et ses arrangements révèlent un mélodiste subtil et un compositeur raffiné et inspiré, un musicien complet.
Fondé par son chanteur Duncan Senyatso, le Kgwanyape Band, orchestre le plus populaire du Bostwana, est le gardien d’une culture aux multiples composantes qu’il vivifie de recherches personnelles. A la croisée du futur et de la tradition, il brasse les sources d’Afrique Australe et les influences anglo-saxonnes.
Smadj et Mehdi Haddab, enfants de l’effervescence musicale parisienne des années 90, ont choisi le oud comme on choisit sa pâtisserie préférée : par gourmandise assumée, sans crainte et sans complexes. Longtemps, le producteur orientalo-électronique et le membre-magicien d’Ekova ont assouvi leur soif de jouer dans leurs bars préférés ou dans l’intimité d’une fête entre amis. C’est avec la même simplicité qu’ils se sont décidés à enregistrer le fruit de leurs dérives nocturnes. Respectueusement insolents avec la tradition de l’instrument, alternant "classiques" arabes et compositions personnelles, chaleur de l’acoustique et saturation électronique, les deux compères ont même convié quelques collègues à partager leur joie (notamment les artificiers de BumCello).
Composé de douze chansons pleines de poésie, de douceur et de sensualité, mêlant la puissance acoustique aux atmosphères épurées, influences ibériques et mélancolie slave, " Les Vacances " s’écoute avec bonheur. Cinq nouveaux musiciens venus des quatre coins d’Europe s’imposent avec évidence dans l’univers touchant d’Edgar Daguier et Isabelle Becker, fondateurs et architectes de la maison EDGAR. Conçu, composé et enregistré comme une évidence, le troisième album d’Edgar de l’Est élargira une fois de plus le cercle des fidèles qui suivent le parcours de ces drôles de poètes.
Colonie espagnole occupée par les Anglais, peuplée d'esclaves venus d'Afrique, terre d'asile pour les Français fuyant la révolution de Saint Domingue, Cuba est l'île de tous les métissages et de tous les mélanges. De ce creuset est né un foisonnement de formes musicales, dont I'évolution est intimement liée à la vitalité des orchestres et à la créativité des interprètes. Cet orchestre de Charanga, fondé en 1994, regroupe douze des meilleurs musiciens de la région de Santiago : Osvaldo Correa Marten en assure la direction musicale et son répertoire est celui des Charangas classiques, Danzon, Son, Cha-cha-cha, Bolero et Guaracha.
Les musiciens de Permet jouent une musique qui s'appuie sur une très vieille tradition, un genre musical qui remonte jusqu'à I'ancienne Illyrie. Sorte de blues à la nostalgie proche de la lamentation, la polyphonie vocale de Permet (trois voix alternées, féminines et masculines, qui se répondent I'une à I'autre) va en épater plus d'un. Ce chant est accompagné de deux clarinettes, deux violons, un grand tambourin, deux luths et un accordéon. Improvisant, relançant la polyphonie, la Famille Lela de Permet crée un climat qui tisse une toile sonore enivrante et subtile.
A la Réunion, Firmin est reconnu comme l’homme venu au secours du maloya, la musique traditionnelle créole, dont la survie était gravement compromise par une assimilation pesante et partisane des pouvoirs publics, à l’image d'ailleurs des autres traditions orales. Chez lui, la totalité de la transmission instrumentale est sauvegardée : on retrouve le "rouleur", le "bobre", le "triangle", le "kayamb". Firmin est de ce "maloya la case, maloya la kour". La famille, les amis se réunissent pour danser et chanter. On cultive le temps retrouvé, la légèreté, les chroniques des travaux et des jours qui passent.
Au moment où sort son nouvel album The Edge of Heaven, Gary Lucas n’a jamais autant mérité son titre de « guitariste aux mille idées ». Guitar heroe dans le magic band de Captain Beefheart, Gary a marqué les années 90 en composant deux morceaux sur l’un des albums les plus marquants de la décennie, Grace de Jeff Buckley. The Edge of Heaven est une sorte d’ovni musical, le fruit tardif du séjour prolongé de Gary Lucas dans le Taiwan de la fin des années 70. Envoûté par les voix magiques de Chow Hsuan (entendue dans la BO de In the Mood for Love) et Bai Gwong. Gary transporte les mélodies de ces divas pop chinoises des années 40-50 dans ses bagages et ses guitares depuis plus de vingt ans. L’an passé, il se décide à consacrer un album entier à ces chansons, convoquant pour l’occasion les chanteuses Celest Chong et Gisburg. Le résultat est hypnotisant et dépaysant : un album qui pourrait raconter l’histoire d’un bluesman du Mississippi égaré dans une fumerie des mauvais quartiers de Taiwan…
Granmoun Lélé fait du maloya comme on respire. C’est dans sa case de Bras-Fusil qu’il a composé l’essentiel de son répertoire, plus de deux cents chansons qui parlent de sa quotidienneté, de ses rêves, s'inspirant pour ses rythmes de son environnement naturel comme I’océan «le petit désordre de la mer, pour moi, la forme comme une musique». Le maloya du clan Lélé est comme un zambrokal réussi, ce plat créole à base de riz, viande fumée, grains secs ou verts, épices, dans lequel chaque élément s'imprègne des autres tout en gardant une certaine particularité. On le sent dans le second disque, qui, après l'album Namouniman déjà plein de saveurs, met la barre encore plus haut. C’est que depuis le début des années quatre-vingt, le maloya sous ses différentes acceptions a connu un large écho à la Réunion comme à l'extérieur. Granmoun Lélé, arrivé tardivement dans l’arène internationale, aurait pu s’en tenir au statut d'ancien, mais c’est lui qui s’est révélé un des meilleurs dynamisateurs du patrimoine. En entendant ses arrangements vocaux, les colorisations inédites qu’il apporte au travail percussif de son big band par l'adjonction de nouveaux instruments (djembé, apungalachi, sati, cloches…), on touche une plénitude sonore.
Après trente ans de carrière, le premier album événement d’Hasna, rockeuse du désert. Orignaire de Béchar, dans le sud de l’Algérie, Hasna est une femme duéperdument libre. En trente ans, celle qui s’accompagne d’une guitare électrique pour couvrir les cris du public n’a jamais voulu enregistrer la moindre note. Question de confiance… Ce " premier album " inespéré et tant attendu est un événement immense pour tous les amateurs de musique nord-africaine. Les privilégiés qui l’ont vu sur scène au dernier Festival d’Essaouira ont pu vérifier qu’elle n’avait pas usurpé sa réputation de " mangeuse de scène ". L’album Djazair johara entraîne l’auditeur dans un mouvement de transe, dans un voyage hypnotique aux couleurs électriques.
Ce sont dix-sept titres où se mêlent tradition et modernité, qui traduisent à merveille la ligne éditoriale de ce label : soutenir des artistes en privilégiant l’identité culturelle et la création locale. Indigo Africa permet de découvrir ou de redécouvrir le meilleur de la musique africaine.
Des rivages du Golfe de Guinée aux Iles de la Caraïbe et à l’Amérique Latine, de la côte d’Afrique Australe aux Iles de l’Océan Indien, de Cuba à Madagascar, du Zimbabwe au Mali, les Musiques Noires ont voyagé, se sont métissées, se sont enrichies. Inspirées, ludiques, épicées, gorgées de swing et d’émotion, elles sont autant d’appels à la danse, à la transe et au rêve.
Des musiques urbaines du Cameroun, on ne connaît guère à l'extérieur que celles du sud du pays : le makossa côtier de Douala, mondialement divulgué par Manu Dibango, et le bikutsi forestier de Yaoundé, popularisé par les Têtes Brûlées ou l'émouvante cantatrice Anne-Marie Nzié... Or ce pays est une mosaïque musicale, un résumé de l'Afrique centrale et occidentale avec 240 ethnies et une géographie verticale - un peu comme l'Italie - traversant en pointe de flèche des paysages infiniment variés, de la jungle luxuriante du sud à la savane sahélienne du nord... C'est de ce nord aride que viennent presque tous les membres de Faadah Kawtal, même s'ils vivent depuis dix ans dans le sud, à Maképé...banlieue nord de la turbulente Douala, capitale économique et grand port atlantique du Cameroun. "Divine" est le premier Cd consacré à l'évolution urbaine d'une musique fascinante qui sous sa forme rurale a fait l'objet d'innombrables enregistrements : celle des Foulbés (appelés Peuls en français et Fulani en anglais). Ce peuple d'éleveurs, dont une minorité est restée nomade, est le plus nombreux (près de vingt millions) dans une immense région en forme d'arc qui va de la Guinée et du Sénégal (dont ils sont sans doute originaires) au Soudan, en passant par le Mali, le Burkina, le Bénin, le Niger, le Nigéria, le Tchad, la République Centrafricaine et donc le Cameroun...
Islamisés progressivement depuis le XIè siècle, les Foulbés ont conservé leur langue commune, le foufouldé, et une forte identité fondée sur le fulaaku, un code moral et social très exigeant, privilégiant la discrétion (voire le secret), la liberté, la pudeur, la ténacité, une relation quasi-sacrée avec les animaux d'élevage mais aussi la curiosité et l'ouverture à l'égard des autres cultures... On retrouve ces valeurs ancestrales dans les textes des chansons de Faadah Kawtal, de même que leur musique préserve l'essentiel de la tradition peule tout en manifestant son hospitalité légendaire aux sonorités de la modernité. Gérald Arnaud
Jaojoby est l’un des fondateurs du salegy, et sans aucun doute son interprète le plus renommé. Il revient cette année avec un troisième album pour Indigo, Aza Ariano, toujours sous la direction de Hervé Romagny. Machine à rythmes implacables, ouragan de sons à l’appel lancinant, Eusèbe Jaojoby est le roi de la musique populaire urbaine de l’Ile Rouge. En plusieurs dizaines d’années, le salegy est devenu le symbole de la fête, une danse où les corps s’embrasent au milieu d’une tornade musicale. A 40 ans passés, Jaojoby a conçu le style national, un mélange d’instrumentation occidentale, d’anciennes mélodies insulaires et de rythmes locaux, portant à merveille les voix de Jaojoby et de ses choristes. Quant aux textes, ce sont, pour la plupart, des compositions du chanteur, fraîches et torrides à la fois, traitant de la réalité malgache et surtout, de l’amour, chacune constituant une véritable ode à la vie.
Juan José Mosalini est un des maîtres majeurs du Tango de l'époque moderne. Résidant en France depuis bientôt vingt-cinq ans, il a étendu son œuvre de création et d'enseignement à toute I'Europe et à une bonne partie du monde. Fondateur de prestigieuses chaires de bandonéon, où il développe de savants traités d'apprentissage de la technique et du style, le maestro Mosalini reçoit dans les conservatoires de Paris des disciples de multiples pays. «Je place Juan José Mosalini parmi les grands chefs de notre temps, aux côtés d'excellents musiciens qu'il a formés lui-même à cette langue ; il a le don de savoir susciter une expression particulière, fruit de l'affirmation d'un style personnel qui unit tous les instruments de I'orchestre en une seule entité, l'orchestre lui-même ». (Horacio Ferrer A Buenos Aires, c'était déjà le XXIe siècle ).
Cet homme est habité. Pour qui a eu la chance de voir Julien Jouga diriger le chœur sénégalais, il est impossible d’oublier l’intensité de ces regards tendus vers lui, vers son visage devant lequel ondulent de longues mains, dont les doigts fins impriment au chant rythme et volupté. Julien Jouga et sa chorale ne font qu’un, touchés par la même grâce.
Le Kamale ngoni est un instrument moderne créé il y a une vingtaine d’années par des chasseurs rebelles du Wassolou (Mali). Brutal, bourré d’émotion, il retrouve ici le son de ses origines rebelles. Le trio Aliou Fané / Daouda Sangaré / Djuru Diallo symbolise un attachement féroce aux racines, en même temps qu’une grande liberté créatrice.
Le groupe Kan’nida, originaire de la Guadeloupe (Commune de Sainte-Anne), est l'expression musicale des Grands Fonds, région du centre de la Grande-Terre où se développa, après I'abolition de l'esclavage, une société paysanne autoproductive, entourée par des plantations de canne à sucre. La musique de Kan’nida est l’héritière des chants de labours et de veillée mortuaire qui ont rythmé la vie de cette population depuis plus de 150 ans.
Fort de près de soixante-dix membres de nationalités et d'ethnies variées, le groupe Ki-Yi M’Bock est le creuset d’une symbiose culturelle à la dimension du continent noir, qui a permis de concrétiser, à travers ce spectacle, le rêve panafricain de Nkrumah qui, du Sahara au KaIahari, ne voyait qu'un seul pays (Osageyfo). En contant les pérégrinations d'un Touareg, parti à la recherche de l'eau - symbole de survie -, Un Touareg s’est mariée à une pygmée nous emporte non seulement à travers les espaces de l'Afrique, mais aussi dans le tourbillon de ses temps, c’est-à-dire de ses tempos et de ses époques, en liant à merveille la science de Ray Lema, maître arrangeur, et le travail de formation mené en profondeur auprès de la troupe Ki-Yi par son fidèle compagnon Thom's Sika.
Lapiro de Mbanga, dans une nation extraordinairement riche en idiomes sonores, est un brouilleur de cartes singuliers. Au royaume du makossa qui, deux décennies durant, s’acoquina, du reggae au zouk, à toutes les modes de la planète, cet artiste est venu secouer le cocotier d’une musique qui avait, depuis quelques temps, perdu tout son lait par manque d’imagination. Brisant les stéréotypes, déchirant les recettes, il l’a réinvestie pour lui insuffler une identité.
Rompue à tous les genres musicaux cubains, avec tout de même une prédilection pour la tradition afro-cubaine, Magaly Bernal est une chanteuse de premier plan - sans doute la prochaine diva latino-américaine après Celia Cruz ou Toto la Momposina. Avec une grande élégance et une voix d'une surprenante ampleur, elle s'inscrit dans la tradition d'une Celeste Mendoza ou d'une Merceditas Valdès, mais avec un style très personnel, dont elle seule détient le secret ...
Les Mahotella Queens - Hilda Tloubatla, Mildred Mangxola et Nobesuthu Mbadu font partie de la légende de la musique sud-africaine urbaine. Avec Malhathini (le "Lion Of Soweto") elles ont inventé dans le début des années 60 le Mbaquanga, potion magique et détonante, mélange explosif de musiques traditionnelles de Marabi et de rhythm and blues. Héros de la résistance culturelle à I'Apartheid, idoles des communautés noires pendant les années de plomb, leur arrivée sur la scène internationale a fait I'effet d'une bombe. Bien plus qu'un simple chœur féminin, elles sont I'un des éléments essentiels, le supplément d'âme qui donne à cette musique sa couleur unique, fortement identitaire et pourtant universelle. Les Mahotella Queens ont décidé de reprendre ensemble, et avec un orchestre composé de jeunes musiciens, le flambeau du MBAQUANGA. Résolument tournées vers l'avenir, les trois reines sont reparties au combat par fidélité pour les compagnons disparus - ce disque leur est tout entier dédié - mais aussi et surtout pour témoigner de la vitalité d'une culture attaquée par I’uniformisation et la mondialisation, ces trois femmes d'exception, ces trois grandes voix africaines repartent avec leurs nouvelles chansons, leur nouveau spectacle, à la conquête du monde. WOZA !
MASA 97 et MASA 99 sont deux compilations des concerts qui ont eu lieu au Marché des Arts du Spectacle Africain en 1997 et en 1999, et qui rassemblent les meilleurs musiciens africains.
Issu d'une longue dynastie de griots de la Guinée (Conakry), M'Bady Kouyaté est l’un des plus grands joueurs de Kora du monde mandingue; instrumentiste surdoué, improvisateur d'exception, chanteur-conteur au timbre "bluesy" et rocailleux dans la tradition épique. Accompagné de son épouse Diariou Kouyaté à la voix vibrante et splendide, entouré de son ensemble instrumental, il a profité de son séjour au 3ème MASA d’Abidjan pour enregistrer un album où alternent morceaux instrumentaux, chants traditionnels et compositions personnelles. Pour (re)découvrir un univers musical unique d’une extraordinaire richesse.
Sampler touche-à-tout, adepte de la sanza, du balafon, de la flûte ou de la guitare, acolyte de Arthur H et de No One is Innocent, Nicolas Repac est un bluesman des temps modernes, littéralement inclassable. Son premier album en solo, paru chez Label Bleu-Indigo, est une merveille de bidouillages sonores, d’atmosphères insolites et de détournement lexical. Sombre et émouvant.
C'est en 1995 que le grand public découvre 3 drôles de vocalistes aux côtés de Steve Coleman: sous l'appellation "Metrics", Kokayi, Black Indian et Sub-Zero bousculent les habitudes des fans de l'artiste M-base. Imprégnés de cette formation de luxe, aguerris à toutes sortes de formules rythmiques, les trois compères ont laissé mûrir leur musique jusqu'à former leur propre combo: OPUS AKOBEN comme nom de guerre, l'ensemble des musiques noires comme horizon, l'album sonne comme une immense lune de miel entre la soul music et le hip hop.
Germain Randrianarisoa, dit Rajery, auteur compositeur, chanteur, joue comme personne de la valiha (cithare-luth tubulaire en bambou ; symbole musical et instrument traditionnel le plus utilisé dans les musiques populaires de l'lle rouge). Handicapé dès son plus jeune âge - il a perdu sa main droite - il a su grâce à son énergie et à sa volonté, inventer un style complètement original. Dépouillée, mélancolique, tendre, ironique, intense, sophistiquée, d'une extrême poésie, la musique de Rajery s'éloigne des rivages de Madagascar pour toucher à l'universel.
L'accordéon diatonique est un des instruments de base de la musique traditionnelle malgache. Ses halètements, ses mélodies tournantes, se sont intégrés depuis près de deux siècles à la pratique musicale de la Grande Ile où on l'utilise souvent pour provoquer la transe. Pourtant, suite à la paupérisation du pays et des musiciens, l'instrument devient de plus en plus rare : l'accordéoniste malgache est une espèce en voie de disparition. Régis Gizavo fait figure d'exception. L'accordéoniste de Tuléar se présente à la fois comme un défenseur des traditions de sa région et un musicien moderne, original, intégrant les influences avec une parfaite aisance. Son expérience au pays a fait de lui le musicien accompli qui, en 1990, obtenait le prix "Découvertes" de RFI. Depuis son arrivée en Europe, la même année, on l'a vu aux côtés de musiciens de tout poil : jazz, oriental, africain ou variété... Mais c'est dans ses propres spectacles et albums, en duo avec le percussionniste David Mirandon, qu'il exprime sa véritable identité : celle de musicien aux oreilles ouvertes et au cœur irrémédiablement malgache.
Rokia Traore n’est âgée que de vingt-sept ans et s’annonce déjà comme l’une des grandes voix de l’Afrique d’aujourd’hui. Elle nous vient du Mali, de Bamako, et ne doute de rien, tant son talent s’impose avec force et sérénité. Pleine de fraîcheur et de culot, mais aussi animée d’une autorité naturelle et d’une grande intégrité dans ses choix artistiques, elle a déjà su séduire nombre de musiciens parmi les plus influents du continent africain. Lauréate du concours Découvertes RFI Afrique en 1997 et révélation du festival Musiques Métisses d’Angoulême, Rokia Traore invente une musique délicieusement originale et séduisante qui s’appuie résolument sur la tradition pour ouvrir une modernité tempérée qui ne sacrifie jamais aux modes fusionnantes de la World Music occidentale. A la fois délicate et intense, gorgée de nostalgie ou d'une espérance vigoureuse, la voix de Rokia Traoré voyage dans l’univers onirique d'une artiste qui a créé son propre style dans un pays parmi les plus riches d'Afrique en matière musicale.
Tandis que la musique algérienne s’essouffle à force d’exploiter le raï, Safy Boutella fait figure de sauveur. Il invente une musique à son image, rebelle aux normes et plurielle. Son album Menjoun, acte de composition original et audacieux, est un bouquet coloré aux senteurs subtiles, dont l’essence est la culture arabe.
Sons of the Desert, qui rassemble cinq jeunes irlandais excentriques, propose une musique intemporelle, résultat du mélange d’instruments hétéroclites (mandoline, bohdran, contrebasse, saxophones, clarinettes, violon, guitare, banjo…) et de voix merveilleuses et enchanteresses, produisant une sonorité novatrice aux frontières introuvables, qui vous emportera au-delà des modes et des influences du moment. La variété de leur inspiration, du jazz au blue grass, du rock aux musiques ethniques en passant par le punk, leur façon unique d’assimiler ces références découragent toutes comparaisons.
Salif Keita et Mory Kante firent leurs premiers pas au sein de cet orchestre mythique. Inédites et récentes, les chansons originales ou puisées aux traditions, célèbrent le courage, l’honnêteté, le respect d’autrui, … Voix haut perchées et mélodies ondoyantes, cuivres colorés et guitares ébouriffantes font carburer la locomotive d’or de Bamako, qui bourlingue du blues de la savane au rock mandingue urbain.
The Elite Swingsters est un des orchestres des townships les plus populaires. Profondément impliqué dans la lutte anti-apartheid, il soutient le processus de paix engagé par Mandela en 1990. Dolly Rathebe, la grande dame du jazz sud-africain mène la danse. Sa voix ample et chaleureuse est portée par un jazz pétillant de fraîcheur, qui mêle patrimoine zulu, marabi, jive, chant de mariage tswana …
Toto La Momposina est la synthèse rieuse des tambours africains et des soneros cubains, des danses coquines et des humbles prières. Toto chante comme un feu follet, embarquant trompette et bombos dans une sarabande où la tradition se nourrit de l’actualité. Le répertoire se compose de rythmes multiples, aussi riches et variés que les sons et les couleurs qui en surgissent. Entre puissance et spontanéité scéniques, Toto a gagné le respect et l’admiration du public à travers le monde.
Des rues de Johannesburg aux dancings de Buenos Aires, du tango au maloya, toutes les musiques du monde sont rassemblées dans cette compilation qui réunit les meilleurs artistes édités sur Indigo.
Mince et taciturne, un pli amer au coin des lèvres, le regard lointain, Jean Gabin Fanovona dégage une impression de secret, et l’on soupçonne que la race de musicien à laquelle il appartient s’apparente à celle des sorciers. Pourtant, à Madagascar, c'est comme modernisateur de la musique antandroy que le leader de Vaovy est connu - et souvent pillé, car depuis vingt ans, tout le monde là-bas s'approprie sans états d'âme ses compositions et ses idées. Surprenante pour nous, sa musique ne l'est pas moins pour le milieu traditionnel dont il est issu. Après Angira, le second album de Vaovy, Vamba, est le projet le plus abouti de Jean Gabin Fanovona. L’accordéon de Régis Gizavo, la guitare de Solo Razaf et l’harmonica de Vincent Bucher se mêlent au lokanza (violon traditionnel des Antandroy), aux percussions et aux somptueuses polyphonies vocales de cet ensemble unique et profondément original de la Grande Ile Rouge.
Avec Marie-Louise, revoici le Maître, Wendo Kolosoy ! Une voix d'anthologie, la voix par excellence de la rumba congolaise, bonifiée et anoblie par la splendeur d'un passé vieux de 60 ans! Wendo Sor, l'homme par qui est venue la rumba africaine, celle de souche inspirée des airs "Kongo", plus actuels que jamais, réapparaît par le biais du MASA 99. Wendo Kolosoy accompagné par une équipe jeune, avec au chœur le seul rescapé de son temps, Albert Emina (66 ans), nous fait découvrir ces moments de fulgurance épicés par les rythmes langoureux des guitares, qui épousent les slaps ronflants de la basse. Là est la vraie rumba de Léo ! Et la grande surprise dans cet album, c'est la rencontre inattendue sur un titre avec la "diva" camerounaise, Anne-Marie N'Zié, la voix d'or de Yaoundé.
Crédit Photo: Thomas Dorn
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